Méthodologie de la dissertation


Partie 1 : L’introduction

Première étape : l’accroche

Objectif : introduire votre travail sur le sujet de dissertation que l’on vous donne. Il faut donc trouver un moyen d’introduire le sujet à votre lecteur qui n’est pas censé être juriste.

 

Méthode : Pour réussir cette étape, il faut en quelques phrases partir d’un élément simple et arriver au sujet. Pour ce faire, vous pouvez :

  • Utiliser une citation d’un auteur de la doctrine, d’un politicien ou d’une autre personne sérieuse.
  • Aborder un élément simple et peut-être connu par le lecteur pour amener vers le sujet. Cela peut-être un fait d’actualité ou un élément très général sur le droit.

 

Il faut en tout cas expliquer ce que votre exemple signifie (expliquer votre citation par exemple), puis expliciter le lien avec le sujet.

 

Exemple :

  • Sujet : le juge législateur
  • Accroche : Dans son ouvrage De l’esprit des lois Montesquieu écrivait que : « le juge est la bouche de la loi ». Il indique donc que le rôle du juge doit se limiter à appliquer la loi et non pas à la créer. Il ne serait ainsi que « la bouche de la loi », en lisant à haute voix les codes pour rendre son jugement. Cette affirmation est pourtant remise en cause par le sujet, qui nous invite à nous demander si le juge aujourd’hui n’agit pas comme législateur.  

 

Ce qui est évalué : La capacité de l’étudiant à introduire le sujet d’une manière simple, rapide, et la plus naturelle possible.

 

Ce qu'il faut faire : trouver un élément qui permet de rentrer dans le sujet, puis l’expliquer et enfin le lier au sujet de manière concise.

 

Ce qu'il ne faut pas faire : L’étudiant qui se contentera de recopier une citation sans l’expliquer ou sans expliquer en quoi elle est liée au sujet sera sanctionné.

 

Deuxième étape : la définition et délimitation des termes du sujet

Objectif : déterminer ce que veut dire le sujet afin de comprendre exactement de quoi vous allez parler pendant votre dissertation.

 

Méthode : Pour réussir cette étape, il faut faire plusieurs choses :

  • Donner une définition de tous les termes du sujet : cette définition doit être dans un premier temps générale, puis précise dans un second temps. La définition doit être complète et en lien avec le sujet.
    • Dans un sujet sur « le Parlement et la loi », il faudra ainsi définir la loi au sens large et au sens strict, avant de préciser que le sujet parle de celle au sens strict.
  • Mentionner le cadre temporel et spatial du sujet :
    • le sujet porte-t-il sur la France ou sur le monde de manière plus générale ? Est-ce un sujet actuel ou historique ?
  • Ne pas négliger les déterminants et les mots non juridiques qui sont importants, car ils donnent un cadre au sujet : un sujet qui parle de « la » Constitution est par exemple très différent d’un sujet sur « une » Constitution.
    • « la » Constitution = une Constitution en particulier. Si ce n’est pas précisé, a priori il s’agit de la Constitution française.
    • « une » Constitution = une Constitution de manière générale. Il s’agit donc de la Constitution en tant que type de norme. C’est-à-dire la norme suprême d’un ordre juridique interne.

 

Ce qui est évalué :

  • la capacité de l’étudiant à comprendre le sujet et le vocabulaire employé
  • la capacité de l’étudiant à expliquer, détailler, structurer et justifier à l’écrit ce que veut dire le sujet

 

Ce qu'il faut faire : Pour réussir cette étape, il faut expliquer clairement, sans omettre de détails toute votre réflexion sur le sujet en faisant attention de ne négliger aucun des termes du sujet.

 

Ce qu'il ne faut pas faire :

  • L’étudiant qui ne définit que les principaux termes du sujet sera sanctionné.
  • L’étudiant qui se contente de définir les seuls termes juridiques se verra sanctionné.
  • L’étudiant qui fournit une définition lacunaire sera sanctionné.
  • L’étudiant qui n’utilise pas ses définitions pour comprendre et expliquer le sujet sera sanctionné.

 

Troisième étape : les intérêts du sujet (ou contextualisation et intérêts)

Objectif : montrer en quoi le sujet que l’on vous donne est intéressant. Il s’agit de montrer son utilité, sa résonance. Autrement dit, il faut ici montrer dans quelle mesure le choix de sujet effectué par votre enseignant est pertinent juridiquement, socialement, historiquement, politiquement, etc.

 

Méthode : Il faut dans un premier temps, au brouillon, répondre à la question : pourquoi m’a-t-on donné ce sujet en particulier ? Qu’est-ce que ce sujet à d’intéressant ?

Pour vous aider à y répondre, vous pouvez envisager plusieurs domaines dans lequel le sujet que l’on vous donne pourrait avoir une résonance : histoire, droit, politique, social, droit comparé...

Une fois cela fait, il vous faut dans un second temps, rédiger sur votre copie deux intérêts en deux paragraphes qui viennent prouver que le sujet est intéressant.

 

Ce qui est évalué : La capacité de l’étudiant à interroger l’utilité et la pertinence d’un thème juridique par rapport à ses connaissances juridiques et extra-juridiques.

 

Ce qu'il faut faire : Pour réussir cette étape, il faut réussir de manière claire et organisée à répondre explicitement à la question : en quoi ce sujet est intéressant ?

 

Ce qu'il ne faut pas faire : L’étudiant qui se contentera d’indiquer des connaissances historiques, juridiques, politiques ou autres qui se rapporte au sujet sans jamais expliciter en quoi cela rend le sujet intéressant sera sanctionné, car la dissertation est un exercice d’argumentation, pas de description.

 

Quatrième étape : la problématique

Objectif : Présenter la question à laquelle la dissertation va répondre.

 

Méthode : Pour réussir cette étape, deux possibilités en fonction de la forme de votre sujet :

  • Si le sujet est déjà problématisé, c’est-à-dire qu’il est posé sous forme de question : vous devez alors vous contenter de le reprendre tel quel en excluant totalement toute reformulation.
  • Si le sujet est donné à la forme affirmative : il faut alors formuler une question qui reprenne l’intégralité des termes du sujet qui pose un problème auquel on peut répondre par oui ou par non.

 

 Ce qui est évalué :

  • La capacité de l’étudiant à déterminer où résident le problème et les enjeux du sujet, lorsque la problématique n’est pas déjà définie à la forme interrogative
  • La capacité de l’étudiant à ne pas détourner le sujet

 

Ce qu'il faut faire : Pour réussir cette étape, il faut indiquer de manière claire que la dissertation répondra à une question problématisée que vous indiquez sous forme interrogative.

 

Ce qu'il ne faut pas faire : L’étudiant qui formule une problématique qui n’aborde que partiellement le sujet sera sanctionné, car cela entraîne forcément une dissertation qui oublie une partie des attendus.

 

Cinquième étape : l’annonce du plan

Objectif : Annoncer les titres des parties qui seront abordées pendant la dissertation.

 

Méthode : Pour réussir cette étape, il faut annoncer de manière la plus claire possible les parties (I et II) qui vont être traitées dans le développement.

Pour ce faire, vous pouvez opter pour une annonce scolaire classique ou une annonce enchainée. L’annonce scolaire est souvent suffisante en L1/L2, tandis que l’annonce enchainée est parfois attendue à partir de la L3. C’est un point qu’il faut vérifier auprès de votre chargé de TD.

Dans tous les cas, il faut toujours annoncer vos titres mot pour mot, c’est-à-dire tels quels sans les altérer. Après votre titre, il faut ajouter entre parenthèse I ou II pour indiquer de quelle partie il s’agit.

 

Exemple :

Annonce scolaire : Pour répondre à cette question, nous verrons dans un premier temps qu’il existe une possibilité certaine d’engager la responsabilité de l’agent public (I). Puis dans un second temps, nous verrons qu’il existe une possibilité plus résiduelle pour engager sa responsabilité dans le cadre de l’exercice de ses fonctions (II).

 

Annonce enchainée : Pour répondre à cette question, nous pouvons constater que s’il existe bel et bien une possibilité certaine d’engager la responsabilité de l’agent public (I), on constate qu’il s’agit d’une possibilité plus résiduelle pour engager sa responsabilité dans le cadre de l’exercice de ses fonctions (II).

 

Ce qui est évalué : La capacité de l’étudiant à présenter clairement ce qu’il va faire de manière simple et explicite.

 

Ce qu'il faut faire : Pour réussir cette étape, il faut respecter la forme attendue, annoncer les titres mot pour mot et ne pas oublier de mentionner l’indication du titre entre parenthèse.

 

Ce qu'il ne faut pas faire : L’étudiant qui se contentera d’annoncer les idées traitées en ne mobilisant pas son titre ou en l’altérant sera sanctionné. Il en est de même pour celui qui ne mentionnera pas entre parenthèse l’indication de ses titres.

Partie 2 : Le corps de la dissertation

L’organisation formelle d’une dissertation :

 

La dissertation en droit répond à une structure stricte bien définie dont il ne faut jamais dévier :

  • Introduction
  • Deux parties dont les titres sont apparents : I et II
  • Deux sous-parties aux titres également apparents, dans chaque partie : A et B
  • Pas de conclusion

Cette organisation ne se négocie pas, elle doit être appliquée strictement. Il est donc interdit d’avoir trois parties ou trois sous parties par exemple. De même, vos sous parties doivent absolument être notées I et II, et non pas 1 et 2 par exemple. Il en est de même pour les sous parties qui sont notées A et B, et non pas a et b.

Ce qu'il ne faut pas faire : L’étudiant qui ne respecte pas l’une de ces règles sera lourdement sanctionné, car le correcteur considèrera qu’il est incapable de suivre un cadre fixé, ce qui est l’une des principales compétences attendues du juriste.

 

La méthode et les règles pour créer vos titres :

 

Règles formelles : Vos titres en dissertation doivent répondre à des règles formelles spécifiques. Ils ne doivent pas contenir :

  • de verbe conjugués
  • de point en fin de titre
  • de ponctuation de manière plus générale : point-virgule, deux points, virgule, points de suspension sont prohibés

Les titres doivent être apparents, c’est-à-dire visible sur votre copie. D’où l’importance d’y apporter une attention particulière.

 

Règle de construction :  Vos titres doivent répondre explicitement et directement à la problématique. Ils ne doivent pas se contenter de décrire un élément juridique comme dans un cours.

Exemple :

Le divorce pour faute est-il encore utile aujourd’hui ?

On n'écrira pas : I – les difficiles conditions de mise en place du divorce pour faute

Mais plutôt : I – Un type de divorce devenu inutile en pratique à cause de la complexité de ses conditions

 

Les chapeaux introductifs :

Vos chapeaux introductifs doivent reprendre en une phrase le titre de votre grande partie, puis annoncer vos A et B de la même façon que vous avez annoncé vos I et II dans l’annonce de plan.

 

Les transitions :

Les transitions s’effectuent en fin de chaque sous-partie (sauf à la fin du IIB). Elles servent à annoncer la partie ou sous-partie suivante. Il faut faire le lien entre ce que vous venez de montrer dans votre sous-partie et ce que vous allez montrer ensuite.

Pour ce faire, il faut en une ou deux phrases faire ce lien en terminant de préférence en utilisant les termes de la partie ou de la sous-partie suivante.

 

Le contenu des sous-parties :

Chaque sous-partie est une démonstration qui doit prouver que vous répondez à la problématique. On doit ainsi pouvoir voir que vous répondez à la problématique et pas que vous expliquez des éléments simplement pour le plaisir de montrer vos connaissances. La démonstration de ces connaissances poursuit un objectif = répondre à la problématique.

 

La conclusion (rappel) : En droit, la conclusion est prohibée. Il ne faut pas en faire, ni essayer d’en faire une discrètement (les enseignants ne sont pas dupes).